Quand je serai grand, je serai un cowboy

Projet argentique noir et blanc, impression en chambre noire, 2018

C’était mon plan de vie en 1ère année du primaire. Comme le reste, les plans de vie évoluent. À 20 ans on a la vie devant soi, tout est possible et rien n’a à être fixé. Mais à force d’avoir la vie devant soi, on oublie qu’elle passe. Et c’est ainsi qu’un jour on réalise qu’on est fixé sans jamais l’avoir souhaité… Puis on se surprend à se répéter – devant son ordinateur au bureau, la nuit en pleine insomnie, en faisant son jogging ou sur le bord du feu en camping – « J’aurais voulu être un cowboy ».

Le philosophe François Jullien soutient qu’être en harmonie avec les attentes de la vie – le bonheur – plutôt que de représenter justement la vie, s’apparenterait davantage à la mort. Il faudrait dé-coïncider pour vivre, pour repousser les limites de sa vie, pour avancer.

Les photographies présentées font ainsi référence à cette dé-coïncidence qui prend sa source dans un document souvenir complété par ma mère où à l’âge de 6 ans je faisais du cowboy un être idéal. Alors que l’identité est continuellement réévaluée en fonction d’une série d’ « autruis privilégiés » et de l’être-que-l’on-souhaiterait-être, les photographies reprennent ce rêve d’enfance comme métaphore du désir d’une identité idéalisée. Les tirages représentent à la fois des objets symboliques de cowboy et des autoportraits. D’un côté l’objet comme sujet, de l’autre l’auteur comme sujet. Deux zones de confort opposées. Les objets souhaités en opposition aux objets assumés.